Le paradoxe de l’opinion publique et de la politique sur les changements climatiques au Canada

  1. Bien que la plupart des Canadiens soient conscients des changements climatiques, seule une faible proportion d’entre eux attribue principalement la responsabilité de ce réchauffement à l’activité humaine.
  2. La plupart des Canadiens sont conscients qu’il y a des changements climatiques, mais peu croient être personnellement en danger.
  3. Malgré le caractère urgent du problème, on n’accorde présentement pas suffisamment d’importance à la question des changements climatiques au Canada.
  4. Même si quelques provinces ont pris des mesures, les Canadiens demeurent mal informés sur les politiques climatiques.
  5. Les Canadiens ne sont généralement pas disposés à payer des sommes importantes pour soutenir l’augmentation de la production d’énergie décarbonée, bien que cette disposition s’accroisse avec le niveau d’adhésion au consensus scientifique sur les changements climatiques.

Une majorité de Canadiens admettent un certain lien entre les changements climatiques (CC) et l’activité humaine, mais peu d’entre eux se sentent personnellement menacés par les conséquences de ces changements. Voilà un des paradoxes, tiré d’un récent sondage sur l’opinion publique et les politiques climatiques au Canada, qui peut expliquer la faible importance accordée à cet enjeu par le gouvernement canadien dans les dernières années. Un des objectifs du rapport est de donc faire un portrait de l’état de l’opinion publique canadienne sur la question des CC, afin d’alimenter le dialogue publique dans la foulée de la 21e Conférence des parties qui se tient présentement à Paris.

Cette étude, fruit d’une collaboration entre le Département de science politique de l’Université de Montréal et l’Institut de l’énergie Trottier montre que les Canadiens ont des opinions divisées sur la question. Le rapport, intitulé Peu m’en chaut? Le paradoxe de l’opinion publique et de la politique sur les changements climatiques au Canada : vers un nouveau programme de recherche, analyse les multiples facettes de l’opinion publique à l’égard de ce problème politique complexe.

À partir des données originales du sondage, ce rapport jette un nouvel éclairage sur la complexité des attitudes de la population canadienne en matière de changements climatiques. Si une grande majorité de Canadiens voient des preuves du réchauffement climatique, ils sont beaucoup moins nombreux à croire que les humains sont les principaux responsables de la hausse observée de la température. En outre, bien qu’une majorité de personnes pensent que les changements climatiques affecteront les Canadiens à un moment donné au cours de la prochaine décennie, peu d’entre elles se croient personnellement en danger. En fait, très peu de Canadiens sont bien informés en ce qui concerne les changements climatiques et la plupart n’ont même pas une compréhension générale des politiques climatiques. Les Canadiens ne sont pas disposés à payer des sommes importantes pour produire une plus grande quantité d’énergies renouvelables. Ces résultats aident à expliquer la raison pour laquelle les gouvernements canadiens – en particulier au niveau fédéral – ont montré relativement peu d’intérêt pour la mise en oeuvre d’une politique ambitieuse en matière de changements climatiques. Ils suggèrent également que si le gouvernement Trudeau veut changer les choses, il devra expliquer clairement à la population canadienne les avantages que sa politique climatique lui apportera. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour déterminer les stratégies susceptibles d’être les plus efficaces pour parler des changements climatiques aux différents segments de la population canadienne. Cela comprend la recherche et la diffusion d’informations sur les risques pour les Canadiens et les politiques qui permettront au Canada de passer à une économie décarbonée. Un tel changement, s’il doit avoir lieu, permettra une analyse plus approfondie de la relation complexe qui existe entre les politiques climatiques et les perceptions de la population canadienne en matière de changements climatiques.