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QUÉBEC : LES POLITIQUES EN TRANSPORT ET SUR LE CLIMAT – SÉMINAIRE JCCTRP

1/5 | Retour sur les cinq conférences du Séminaire public sur les politiques en transport et sur le climat JCCTRP, qui avait lieu le 2 novembre 2017, à Polytechnique Montréal. Ce séminaire était organisé dans le cadre de l’atelier du Joint Clean Climate Transport Research Partnership (JCCTRP).

NORMAND MOUSSEAU – LES POLITIQUES EN TRANSPORT ET SUR LE CLIMAT AU QUÉBEC

C’est en observant l’évolution des dossiers du climat et du transport au Québec, sous la loupe de la gouvernance, que Normand Mousseau, directeur académique de l’Institut de l’énergie Trottier, a ouvert le Séminaire. Si l’on se fie à ses propos, le Québec accuse du retard.

Au Québec, l’attention politique entourant l’enjeu du climat s’est intensifiée au moment de la création du Fonds vert en 2006, lequel était lié à la politique climatique. Il aura toutefois fallu attendre 2012 pour voir naître le plan d’action assorti à cette politique. Celui-ci mettait de l’avant une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20% par rapport au niveau de 1990, et ce, d’ici 2020.

Puis, c’est en 2015 que le Québec annonce qu’il participera au marché du carbone avec la Californie. Marché auquel se joindra le gouvernement ontarien quelques mois plus tard. La même année, le gouvernement chiffre à 37,5% une nouvelle cible de réduction des émissions, à atteindre en 2030.

Or, selon M. Mousseau, les politiques actuelles ne sont pas en adéquation avec ces objectifs. D’autant plus qu’un plan d’action permettant de respecter les engagements de 2020 ainsi que ceux de 2030 se fait toujours attendre.

Des chiffres décousus
C’est en 2016 que le gouvernement québécois dévoile sa Politique énergétique, avec des projections pour 2030. Parmi les ambitions de résultats, on y prévoit notamment d’améliorer l’efficacité énergétique par 15%, de réduire la consommation de pétrole par 40%, d’éliminer le charbon ainsi que d’augmenter la part de production d’énergies renouvelables par 25%.

L’expert soulève toutefois certaines incohérences. D’après ses calculs, en additionnant toutes ces actions, on peut espérer de réduire, au mieux, de 30% les émissions de GES. Ce qui l’amène à dire que « le Québec ratera son objectif présenté en 2015 à la Conférence de Paris, et ce, par 7,5% minimalement ».
Recul et statu quo
Côté transport, M. Mousseau souligne que les progrès n’ont pas été significatifs depuis 1990. C’est en 2011 que l’on observe le sommet des émissions de GES liées au secteur du transport. Bien malheureusement, dans les cinq dernières années, le transport terrestre n’a connu aucune amélioration sur ce plan.

Pire encore, le gaz et le pétrole semblent afficher une croissance dans province. Alors que la consommation énergétique québécoise provenait à 47% des sources renouvelables il y a quelques années, ce type d’énergie satisfait maintenant 44% des besoins.

En somme, considérant que le transport représente 44% des émissions de GES sur le territoire, la possibilité d’atteindre l’objectif de réduction de 20% d’ici 2020 est sérieusement remise en doute par M. Mousseau. Et devant l’absence de progrès dans le secteur du transport, le reste de l’économie québécoise est sous pression.

L’électrification comme seule stratégie
Faute d’une politique globale de transport durable, les efforts sont concentrés au cœur du plan d’action en électrification des transports, rendu public en 2015. Une loi zéro émission a également été adoptée. Celle-ci consiste à imposer des cibles de ventes de 3,4% de véhicules à faible émission aux concessionnaires.

L’un des objectifs du plan d’action est de voir 100 000 véhicules rechargeables en circulation d’ici 2020. M. Mousseau précise toutefois que, typiquement, le Québec voit son parc automobile bonifié d’environ 100 000 véhicules par année. La cible est donc que, pour les cinq prochaines années, un cinquième des nouveaux véhicules sur la route soient à faibles émissions. Un gain ambitieux, qui n’aurait toutefois pas le résultat escompté sur le plan de la réduction des émissions de GES, aux dires de l’expert.

Qui plus est, le gouvernement affiche sa volonté de réduire de 750 000 tonnes de CO2 équivalent, dans les cinq années du plan. Or, ceci correspondrait à 2,5% des émissions liées au transport. Un chiffre bien loin du 20 % de réduction espéré en 2020.

En conclusion, le Québec fait miroiter des cibles déconnectées de la réalité. La transition ne peut être opérée de manière cohérente avec des objectifs qui ne sont pas alignés aux problèmes rencontrés dans le secteur. La transformation sociale et les enjeux d’équité sont évacués de la discussion, au profit du véhicule électrique, véritable panacée du gouvernement.

20/11/2017